mercredi 21 octobre 2015

Chapitre 2

- Très bien ; nous pouvons alors débuter l'audience. Alors, mademoiselle Bones, racontez nous comment s'est déroulée la soirée du 26 septembre.
- J'ai juré de dire toute la vérité et c'est ce que je ferais.
Je repris mon souffle en appliquant la méthode respiratoire calmante que mon père m'avait apprise. Refoulant les larmes qui me montaient aux yeux, je commençais mon récit, en essayant d'être la plus attendrissante possible :
- C'était mon anniversaire. Papa avait décidé de m'emmener à un restaurant italien très côté pour fêter ça. Je suppose que maintenant qu'il est mort je peux le dire ; il avait travaillé pour la Mafia Italienne pendant quelques années, et il habitait en Italie. Mais quand il est tombé amoureux de maman, il a légué sa place de chef mafieux au plus calme de sa troupe et ils sont partis en France. J'avais toujours voulu qu'il me raconte ces folles aventures, mais il n'avait jamais voulu, jusqu'à ce fameux 26 septembre. Soudainement, après qu'il ait parlé d'un certain Segnorini ou je ne sais plus quoi, qui serait très cruel... Et bien, ce fût comme si je dormais debout. Je n'entendais plus, ,je ne pensais plus, je ne voyais plus. Vous allez me croire folle mais j'ai juré de dire toute la vérité. J'ai eu vaguement conscience de mes jambes qui marchaient, puis plus rien. Et c'était comme si je me réveillais en plein cauchemar : sa chemise imbibée de sang. Le poignard dans ma main. La sirène de la police qui hurle. Puis le fer autour de mes poignets. 
Puis j'éclatais en sanglots.
- Par pitié, je vous en supplie... Je ne l'ai pas tué, jamais je n'aurais fait ça ! Il ne me restait plus que lui comme famille... Mon jumeau est mort quand j'avais neuf ans, puis c'était au tour de ma mère quand j'avais quatorze ans. Je suis seule maintenant ! Je trouverais bien une preuve de mon innocence quelque part ! 
J'aperçus derrière mes larmes les jurés discuter avec les avocats et le juge, m'écartant de ma propre histoire et me faisant revenir dans mes souvenirs...

*

J'avais quatorze ans. Je faisais de l'accrobranche avec maman. Nous riions ensemble en effectuant le circuit rouge, à dix mètres du sol.
- J'avais peur que ce circuit soit trop compliqué pour moi, mais finalement ça va ! Et puis, je sais que les poulies me tiennent. Tu me donnerais l'énergie de décrocher la lune, Océane ! 
Elle se retourna précautionneusement vers moi, qui était derrière elle sur le ponton de rondins tournants, et me prit chaleureusement dans ses bras ; je lui rendis son étreinte.
Je t'aime, ma fille. Tu es ce que j'ai de plus précieux. Je serais toujours avec toi, et je t'aiderais à traverser les épreuves qui te feront face. Tu es la seule qu'il me reste.
Mon cœur se serra, et je lui murmurais : 
- Moi aussi je t'aime.
Après le ponton de rondins tournants, il y avait un endroit avec une corde de tarzan : le but était de, en restant attaché à la passerelle, de se jeter sur la corde de Tarzan, puis d'attacher les mousquetons dessus, puis de se jeter sur le filet en face et de s'attacher au filet. Il y avait un panneau « Une personne à la fois ».
- Je passe la première ! S'exclama ma mère, joviale.
Elle s'avança sur le ponton et s'élança gracieusement sur la corde, puis s'attacha. 
Je tournais la tête pour admirer le lac qui s'étendait à ma gauche, quand ma mère hurla. Je la regardait et vit, horrifiée, que la corde s'effilochait. 
- Maman ! Hurlais-je. Lance-toi sur le filet ! 
Elle me regarda, les yeux agrandis par la terreur, puis se lança sur le filet... Qu'elle rata de peu, tandis que la corde lâchait. Je la vit atterrir en bas, et je savais déjà que cette chute de dix mètres lui serait fatale.
- Maman ! 
Je descendis par l'échelle de secours à toute allure ; les teneurs du camp arrivèrent en même temps que moi.
- Je ne comprends pas, dit un vieil homme qui devait être proche de la retraite. Elle était pourtant bien attachée...
Il agrippa la corde.
- Vous trouvez ça normal ? Hurla-t-il. Cette corde aurait dû être changée depuis plusieurs mois ! Vous venez de briser une famille, bande d'inconscients ! 
Il me prit par l'épaule.
- Désolée petite, mais c'est la fin. Toutes mes condoléances. Je comprend tout à fait ce que tu ressens. C'est leur faute, il paieront pour ça.
Me tendant un téléphone portable, le vieil homme me dit d'appeler un membre de ma famille pour que quelqu'un vienne me chercher. J'appelais alors mon père, la seule famille qui me restait, sans savoir qu'il ne lui restait que quatre ans à vivre.

*

Les jurés, ainsi que les avocats et le juge, se levèrent et reprirent leur place. Le juge prit la parole, faisant résonner sa voix hautaine mais juste dans toute la salle d'audience.
- Mademoiselle Borcelli, nous avons quelque chose à vous montrer. Quelqu'un a une vidéo de votre meurtre et nous l'a envoyée. Approchez vous.
J'étais menottée et ils n'avaient donc rien à craindre. Je m'avançais et regardais les images qui s'affichaient sur l'écran de l'ordinateur. Il y avait un jeune couple aux visages floutés qui venaient de se marier qui étaient filmés ; derrière, on pouvait clairement me voir, le regard vide, poignarder mon père.
Je prenais ma tête entre mes mains et pleurais. Ce n'était pas possible...
- Nous avons prit notre décision annonça le juge.
Je baissais la tête connaissant la réponse. Ils avaient toutes les preuves qu'ils leur fallait pour me mettre en taule.
- Vous êtes en effet coupable du meurtre ; mais nous nécessitons d'une autre audience pour déterminer certaines choses. Vous allez donc retourner dans votre cellule pendant deux semaines, le temps de préparer votre seconde audience. Une objection ?
Je levais la main.
- Monsieur le juge, je vous réclame le droit d'être avec une fille de mon âge en cellule, sinon je mourrais de solitude des suites d'une grave dépression.
Je ne voulais pas être seule ; je voulais avoir quelqu'un à qui raconter la vie et mes malheurs. Je croisais les doigts.
- Permission accordée, dit-il.
Je lui adressais un triste sourire et le remerciais.
- la sentence étant prononcée, je déclare cette première audience terminée.

*

Le même camion me ramena à la prison où ils me ramenèrent dans la même cellule que la dernière fois. Je protestais en disant que le juge m'avait accordé la permission d'être avec une fille de mon âge.
- Ola, ne vous inquiétez pas ! Nous devons juste vous trouver une camarade. Je vous jure que cet après midi on vous transférera.
Il me donna ma ration du midi et ferma la porte à clé derrière lui, me laissant seule dans l'ombre.

samedi 17 octobre 2015

Chapitre 1

Je me repassais sans arrêt cette scène affreuse dans ma tête : sa chemise imbibée de sang. Le poignard dans ma main. La sirène de la police qui hurle. Puis le fer autour de mes poignets. J'avais dit une seule phrase, saccadée par mes sanglots : « Je ne l'ai pas tué, je vous jure! ». Et me voilà en prison depuis plus d'une semaine, en attente de mon jugement. C'est con, je venais d'avoir dix-huit ans : me voici avec des criminelles, des droguées, des femmes à moitié tarées. Oui, moi, Océane Borcelli ( ça se prononce Bortchéli ), 18 ans, en attente de jugement pour meurtre familial, matricule 0259751586 dans la prison pour femmes de Lyon.
Ils m'avait isolée avant mon jugement : ils ne savaient pas encore si j'étais une dangereuse criminelle, une possédée, une psychopathe, une schizophrène,... ils sont un peu paranoïaques ces juristes et officiers de police. J'étais donc seule dans ma cellule inconfortable. Seule avec mes démons intérieurs, avec mon remord, avec ma tristesse.

J'avais une folle envie de suicide  ; de toute façon, il n'y avait personne pour me regretter. J'aurais tellement aimé qu'à mon jugement il y ait ma mère. Mon frère. Et mon père. Enfin, ma famille qui me regarderait en secouant la tête, déçus de moi et choqués. Mais ils sont tous morts, et il ne restait plus que moi dans la famille des Borcelli. Une misérable orpheline en attente de son jugement entre des barreaux de fer.
De toute façon, je me disais que je pourrirais ici ; ils avaient toutes les preuves pour m'accuser. C'est vrai, la police était déjà là quand je l'ai tué. Ou plutôt quand mon corps l'a tué ; c'est vrai, je n'avais aucunement l'intention de faire cette chose répugnante...

J'étais allongée sur ma couchette en bois quand j'ai entendu tourner une clé dans la serrure de ma cellule. Je me suis immédiatement redressée, alerte. Un homme venait d'entrer : il portait un costume d'agent de sécurité mais était plutôt petit et maigre.
- mademoiselle Borcelli, je viens vous annoncer que votre première audience aura lieu demain matin, de dix heures à midi. Un gardien viendra vous réveiller à neuf heures et demies, vous aurez quinze minutes pour vous préparer puis un camion sécurisé vous emportera au tribunal.
Il me tendit une tablette de chocolat en souriant.
- J'imagine à quel point c'est difficile pour une jeune femme de votre âge d'avoir affaire à la justice. Je suis de tout cœur avec vous, Océane. Bonne chance pour demain, reposez vous.
Sur ce, il ferma la porte à clé, me laissant seule avec les ombres des barreaux que la lumière jaunâtre du couloir projetaient. Après avoir savouré la tablette de chocolat, je fermais les yeux et sombrais petit à petit dans un sommeil tourmenté.

*

J'avais neuf ans. L'oreille collée à la porte, j'écoutais mes parents parler dans leur chambre. Ma mère pleurait toutes les larmes de son corps, et mon père parlait avec difficulté.
- Tu es sûre chérie ? Demanda mon père. C'est un cauchemar, hein ? Réveille moi Sylvia !
- Je ne comprends pas, dit ma mère entre deux sanglots. Il était là, en vélo, à coté de moi, juste à côté de moi. Puis une voiture est arrivée, et... il s'est fait percuté avec une telle violence qu'il a été propulsé à plusieurs mètres de moi. J'ai accouru, il était en sang et évanoui. Je suis ai fait la RCP, comme les pompiers me l'avait apprit. La voiture était partie mais quelques personnes se sont arrêtées et ont appelé les secours, mais, quand il sont arrivés, il était trop tard...
Elle fondit en larmes et j'entendis mon père la rassurer.
- Mon petit bébé ! Mon fils ! Notre enfant à nous ! Mourir si jeune... à neuf ans... comment va-t-on l'annoncer à sa sœur jumelle ? Comment Océane va le prendre ? Il ne lui reste que toi et moi comme famille...
Je me laissais couler sur le battant de la porte, sous le choc, puis courais  jusqu'à ma chambre. Et là, je pleurais toutes les larmes de mon corps. J'allais devenir orpheline, petit à petit.

*

Je me réveillais brusquement et constatait que mes joues étaient trempées. Replongée en enfance, je m'exclamais :
- Papa ! J'ai fait un cauchemar...
Puis je revins rapidement à la réalité quand je vis le gardien me faire signe de me taire, ainsi que les barreaux. Je sanglotais de plus belle et répétais comme un mantra endiablé :
- Il est mort. Il est mort. Il est mort. Il est mort.
Puis, je ne sais pourquoi, j'explosais dans un rire hystérique. Je ne me reconnaissais plus... Je me calmais soudainement, et un gardien vint m'ouvrir la porte. C'était un Noir grand, baraqué, intimidant, qui me regardait d'un regard sévère.
- Il faut arrêter de rire hystériquement comme cela, mademoiselle Borcelli. Ici c'est une prison, pas un asile.
Il m'agrippa par le poignet en serrant tellement fort que j'ai cru que ma main allait se détacher, et m'emmena jusqu'à une salle de bain minuscule et sale. Au fond, il y avait une douche sans rideaux avec une petite savonnette.
- Vous avez un quart d'heure pour vous préparer. Pas une minute de plus. Vous avez des vêtements propres posés sous le lavabo. Avec deux autres gardiens, nous viendrons vous embarquer dans le camion qui doit vous transporter au tribunal
Il se retourna et claqua la porte avec une telle violence que les murs tremblèrent.

Après avoir prit une douche et enfilé les vêtements propres ( à savoir des sous vêtements beaucoup trop petits, un jean trop grand, un t-shirt avec écrit « sauvons les abeilles » trop serré qui me compressait la poitrine et des chaussures de taille 42 alors que je faisais à peine du 37 ), les gardiens vinrent me chercher et m'emmenèrent, menottée, jusqu'au camion.
Le voyage dura une dizaine de minutes, une dizaine de minutes pendant lesquelles je stressais à m'en rendre malade. Puis le camion s'arrêta et le conducteur effectua son créneau.
On me poussa à l'extérieur, deux gars baraqués me tenant fermement par les épaules. Comme si j'allais tenter de fuir avec une demie douzaine de gars armés et musclés comme quatre. Ah la la, qu'est ce qu'ils sont paranoïaques ces gens.

À l'intérieur de la salle d'audience, tout le monde était silencieux ; ce silence pesant me gênait. Tout le monde me fixait comme si j'étais l’abomination du siècle. Je baissais la tête, honteuse.
Le juge me surplombait de toute sa hauteur, et avec sa longue robe noire à col banc, on aurait dit la Mort dans un corps humain. Mon avocat m'encourageait, même s'il savait que j'allais être dite coupable. C'était un de ces avocats merdiques qu'on donne aux gens pauvres ou sans argent qui ont affaire à la justice ; et c'était mon cas.
Le Juge prit la parole :
- Mademoiselle Océane Borcelli, nous sommes tous ici présents pour juger de votre présumé meurtre envers votre père, Migel Borcelli. Pour être jugée équitablement et justement, vous devez faire serment : promettez vous de dire toute la vérité et rien que la vérité ?
J'hésitais vraiment à croiser les doigts et à tordre ma langue dans ma bouche ; je n'aime pas faire des serments que je risque de ne pas tenir. Néanmoins, après avoir bruyamment déglutit, sans croiser quoi que ce soit, j'annonçais :
- Oui, Monsieur le Juge. Je jure de dire toute la vérité et rien que la vérité, quel qu'en soit le prix.

vendredi 16 octobre 2015

Résumé

Océane Borcelli, 18 ans, est accusée d'avoir tué son père, même si la jeune femme ne s'en souvient pas. S'en suit des convocations consécutives au tribunal. Finalement, il est prouvé qu'elle est la seule et unique coupable. Mais Océane conteste et est diagnostiquée approximativement schizophrène. On l'emmène alors à l'asile, où elle fera des découvertes surprenantes et entamera sa quête de vérité ; ce qu'elle apprendra sera incroyable, mais vrai, et pourrait bien changer la science à jamais...